L’Alliance pour la lutte au tabagisme de Québec/Chaudière-Appalaches
L’Association pour les droits des non-fumeurs, bureau du Québec
L
'Association pulmonaire du Québec
La Coalition québécoise pour le contrôle du tabac
Le Conseil canadien pour le contrôle du tabac
Conseil québécois sur le tabac et la santé
Les Médecins pour un Canada sans fumée
 

 

        Communiqué
            
Pour diffusion immédiate

 Mises en demeure contre la campagne antitabac De Facto

Les groupes antitabac s’unissent contre

les tactiques d’intimidation des compagnies de tabac

Québec, le 27 novembre 2003 – Les groupes antitabac s’indignent collectivement des agissements de Rothmans, Benson & Hedges, JTI-Macdonald et Imperial Tobacco qui, les 2, 21 et 24 octobre dernier, ont mis en demeure* Gilles Lépine, directeur de l’Association régionale du Sport étudiant de Québec/Chaudière-Appalaches (ARSEQCA), Paul Bleau, V.P. Exécutif de LXB Communications Marketing ainsi que les deux firmes de communications ayant contribué à la campagne antitabac « De Facto : La vérité sans filtre » (LXB a créé les concepts, BMG le site web). Cette campagne s’est déroulée dans les écoles secondaires, collégiales et les institutions universitaires de la région de la capitale entre le 19 septembre et le 4 novembre.

*Les lettres de mise en demeure sont disponibles sur le site www.cqct.qc.ca. Essentiellement, les compagnies accusent les organisateurs de la campagne de diffamation et de répandre des faussetés concernant leurs pratiques de marketing auprès des jeunes.

Plusieurs groupes de santé, incluant les Médecins pour un Canada sans fumée, et le Conseil canadien pour le contrôle du tabac, et l’Association pulmonaire du Québec ont uni leur voix pour appuyer l’organisme et dénoncer les tactiques d’intimidation utilisées par les compagnies de tabac : « Il est clair que le but de cette manœuvre est d’empêcher la multiplication de campagnes antitabac efficaces comme De facto », dit Louis Gauvin, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac. « Les compagnies canadiennes de tabac imitent leurs homologues américains, qui eux aussi envoient leurs armées d’avocats contre ceux qui organisent les campagnes de vérité sur l’industrie du tabac ».

L’information demeurera public
Les groupes ont annoncé que les informations contestées par les géants du tabac demeureront accessibles au public. En signe d’appui et de solidarité, un ensemble de groupes ont affiché sur leur site Web le lien d’une page Internet qui contient les citations et les publicités contestées : Cette adresse est : http://defacto.globalink.org/ et est également accessible à l’ensemble des groupes de lutte contre le tabac du monde entier.

« Nous jugeons ces informations véridiques et pertinentes : elles doivent absolument être accessibles au public pour qu’il comprenne la nature-même de cette industrie.  De Facto a présenté ces renseignements d’une manière extrêmement percutante et persuasive,» a expliqué Neil Collishaw, directeur de la recherche des Médecins pour un Canada sans fumée. Il souligne également la citation du jugement du Juge André Denis, le 13 décembre 2002 : « [122] la Cour ne croit pas que la publicité des cigarettiers ne s’adresse qu’aux fumeurs de plus de 19 ans. Toutes les campagnes de publicité contiennent des éléments séduisants pour les adolescents qui sont l’avenir de l’industrie. L’industrie sait que l’on commence à fumer entre 12 et 18 ans et vise systématiquement ce public vulnérable dans sa publicité et sa mise en marché.»  M. Collishaw conclut : « Je suis entièrement d’accord avec juge Denis.  Moi non plus, je ne crois pas les cigarettiers. »

Tactique honteuse
Louis Gauvin, porte-parole de la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, déclare : « C’est une tactique d’intimidation abominable! Les compagnies de tabac cherchent à museler un petit groupe qui ose dénoncer les stratégies de marketing de l’industrie du tabac. Et n’oublions pas que la mission de ce petit groupe est de faire la promotion de la santé et du sport auprès des jeunes! Ces menaces sont particulièrement odieuses étant donné le fait que les mises en demeure visent des individus. »

Les compagnies de tabac savent bien que n’importe qui serait intimidé par la menace de se faire poursuivre par des compagnies multimilliardaires. Un simple citoyen n’a pas les moyens de se défendre contre les plus prestigieuses firmes d’avocats et leurs budgets illimités, même s’il sait qu’il a raison. Les groupes antitabac tiennent à rappeler que c’est pour cette raison que certains éléments de la campagne, dont la publicité « Célébration », ont été retirés du site Internet de De Facto, et non pas pour donner raison à l’industrie. Au contraire, les groupes de santé unissent leurs forces et appuient sans réserve De Facto devant cet acte immoral et injustifié des compagnies de tabac.

Quelle liberté d’expression?
« Les compagnies de tabac tentent d’empêcher quelqu’un de publier des citations publiques venant de leurs propres documents, alors qu’elles dépensent des millions pour défendre en Cour leur ‘liberté d’expression’ afin qu’elles puissent continuer à faire la promotion d’un produit qui n’a aucun attribut positif. De plus, elles se battent pour empêcher l’apposition des avertissements de santé pour informer les fumeurs des méfaits du tabac sur les paquets de cigarettes, » renchérit Francis Thompson, analyse de l’Association pour les droits des non-fumeurs.

Parce que la campagne est efficace
Fernand Turcotte, professeur de santé publique et directeur scientifique de l’Unité québécoise de recherche sur le tabagisme (Université Laval) dit : « en s’y prenant de cette façon, les géants canadiens du tabac, sans doute involontairement, clament haut et fort que les campagnes de dénonciation font mal à l’industrie de l'addiction. En effet, l'expérience acquise en Californie, en Floride et au Massachussetts montre que ces campagnes sont particulièrement efficaces pour informer les adolescents des manipulations subtiles dont ils sont victimes, une réalité d'ailleurs admise par l'industrie elle-même. »  Dans un document interne de la compagnie américaine de tabac RJ Reynolds, la compagnie se plaint de la campagne californienne — dont le thème principal est la manipulation par l’industrie du tabac : « la campagne californienne et les autres semblables, représentent une véritable menace ... L’effet sur l’estime de soi,
l’acceptation sociale et l’usage du tabac finiront par influencer (nos) affaires. »
[1]  L’industrie américaine a elle aussi envoyé plusieurs lettres menaçantes et a entamé des poursuites contre les organisateurs de campagnes similaires, incluant ceux de la « American Legacy Foundation » (organisme financé par le Master Settlement Agreement pour faire des campagnes antitabac).

« Ironiquement, les compagnies insistent toujours qu’elles ne veulent pas que les jeunes fument, alors qu’elles tentent d’empêcher une campagne démontrée efficace pour décourager les jeunes de fumer, » ajoute le Dr Turcotte.  En effet, une récente étude qui examine la situation dans cinq états américains spécifie que « les informations récentes de la Floride suggèrent que l’attitude des jeunes envers les pratiques de marketing de l’industrie du tabac est l’un des plus important prédicteur de l’initiation au tabagisme et que ces attitudes peuvent être modifiés par une campagne médiatique agressive. »[2]

La campagne de sensibilisation « De Facto… la vérité sans filtre » était diffusée sur le site Internet de l’organisme, à la télévision et à la radio, et dénonçait la promotion des produits de tabac, par l’industrie, auprès jeunes. L’intimidation par le biais de mises en demeure à l’endroit de Gilles Lépine, Paul Bleau et les deux firmes de marketing portait entre autres sur le message publicitaire « Célébration » qui relatait certains faits fondés qui se lisaient comme suit : « En fumant, 475 000 jeunes canadiens de 10 à 19 ans contribuent aux profits du tabac. Y a-t-il vraiment de quoi célébrer? De Facto… la vérité sans filtre ».

-30-

Information :

§ Louis Gauvin, Porte-parole, Coalition québécoise pour le contrôle du tabac : 514.598.5533 ; téléavertisseur : 514.361.7046
§ Francis Thompson, Analyste, Association pour les droits des non-fumeurs: cellulaire : 613.355.6532
§ Fernand Turcotte, professeur de santé publique et directeur scientifique de l’Unité québécoise de recherche sur le tabagisme, Université Laval : 418.656.2131 no 5975

 

[1] RJ Reynolds. document déposé dans le cas de « Mangini vs Reynolds Tobacco Co. » Civil No. 939359.

[2] Michael Siegel, “The Effectiveness of State-Level Tobacco Control Interventions : A Review of Program Implementation and behavioural Outcomes”, Annual Rev. Public Health, 2002.