819 rue Roy Est, Montréal, QC H2L 1E4; tél.: (514) 598-5533; télécopieur : (514) 598-5283; courriel : coalition@cqct.qc.ca 


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

 

LE JEUDI 29 MAI 2003
POUR DIFFUSION IMMÉDIATE

Journée mondiale sans tabac (31 mai) :
LA COALITION QUÉBÉCOISE POUR LE CONTRÔLE DU TABAC
EXORTE LES ORGANISMES PUBLICS À REFUSER
LES DONS DE L’INDUSTRIE DU TABAC

Montréal, le 29 mai 2003 – Dans le cade de la Journée mondiale sans tabac, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac demande aux organismes et institutions de la santé et de l’éducation de refuser les dons offerts par l’industrie du tabac.

La Coalition a récemment obtenu une copie d’une lettre envoyée par Imperial Tobacco (9 mai 2003) à des députés fédéraux dans laquelle la compagnie fait l’éloge de son « importante contribution à la société canadienne ». Elle affirme qu’elle « contribue à améliorer la qualité de vie des Canadiens en bonifiant les soins de santé aux personnes âgées, en offrant aux jeunes adultes les moyens d’étudier et en favorisant l’accès aux arts. Imperial Tobacco Canada a donc un impact positif sur la communauté en général ». La lettre conclut en soulignant la nécessité pour les gouvernements de travailler de pair avec l’industrie du tabac.

Joint à cette lettre, on trouve le rapport annuel intitulé « Contribution socio-économique, Rapport 2002 » qui énumère les quelque huit cents organisations qui bénéficient des largesses d’Imperial Tobacco. Parmi ces groupes, nous retrouvons des hôpitaux, des universités, des groupes communautaires, des organisations jeunesse, et même des institutions de recherche sur le cancer. (Le rapport est disponible sur le site Web de la compagnie à http://imperialtobacco.ca/f/pdf/Final_CSR_Report_2002-FRA.pdf.)

La Coalition a récemment envoyé une lettre à ces groupes, leur demandant de réfléchir aux impacts à plus grande échelle de ces dons et d’adopter une politique de financement pour que leur mission de bien-être envers la société ne serve pas les intérêts de l’industrie du tabac. « Ils ne le savent peut-être pas, mais les organismes qui acceptent l’argent de l’industrie du tabac collaborent à une campagne de relations publiques visant à améliorer l’image de l’industrie du tabac dans le but de l’aider à contrer, affaiblir ou retarder l’implantation de lois et règlements qui menacent leurs profits », dit Louis Gauvin, porte-parole de la Coalition.

Déjà, certaines organisations ont accepté l’invitation de la Coalition et ont décidé de refuser désormais l’argent provenant de l’industrie du tabac. Parmi ces organisations, soulignons la Fondation Katimavik et ses organismes affiliés, la Fondation d’Aide Directe - SIDA Montréal, le Centre Alpha Sainte-Anne, la Fondation Minorité inVISIBLE. De plus, la Fondation Hôpital Laval nous a informé qu’elle a retourné un don de 30 000 $ par voie de résolution le 19 mars dernier (le don était inscrit dans la liste 2002 de Imperial Tobacco) et qu’une politique formelle en ce sens sera présentée au conseil d’administration ce 27 mai. D’autres organisations ont depuis quelque temps institué une politique interdisant les dons provenant des compagnies de tabac, comme la Y des femmes de Québec en 2001. Selon Ginette Defoy, directrice générale de la Y, « la Y des femmes de Québec travaille quotidiennement avec les femmes pour les aider à retrouver et maintenir leur santé, en plus de faire la promotion d’une vie saine par le biais d’activités physiques. Nous avons donc fait le choix de cesser de recevoir des dons et commandites de l’industrie du tabac afin d’être cohérentes dans nos discours et nos gestes. Suite à cette décision, nous nous sommes impliquées dans la réalisation d’un colloque international sur le tabagisme au féminin qui se tiendra en novembre 2004, appuyant ainsi les initiatives de lutte contre le tabagisme. »

Selon Dr Marcel Boulanger, directeur de la Clinique de traitement du tabagisme de l’Institut de Cardiologie de Montréal et professeur titulaire au Département d’anesthésiologie de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal : « Nous comprenons que les universités et les hôpitaux aient constamment besoin de financement, mais il nous semble qu’un hôpital qui traite les victimes du tabac ne devrait pas s’associer à l’industrie responsable de toute cette souffrance. Lorsqu’on accepte ces dons — qui découlent directement des profits de la vente des cigarettes —, c’est qu’on souscrit aux pratiques commerciales du donateur. » L’institut de Cardiologie de Montréal acceptait auparavant les dons de l’industrie, mais a institué à l’automne 2002 une politique stipulant que ce financement ne sera plus accepté.

Au Canada, les compagnies de tabac donnent environ 8,5 millions de dollars à des organismes de toutes sortes. C’est au Québec que l’industrie se montre la plus proactive en accordant près de 4 millions $ à 465 groupes du Québec, comparativement à 352 pour l’ensemble des 9 autres provinces (178 en Ontario, 50 en Colombie-Britannique, 34 en Alberta, etc.). Selon une étude présentée lors de la Conférence internationale francophone sur le contrôle du tabac à Montréal en septembre dernier, 28 universités canadiennes ont reçu des dons ou des subventions de l’industrie du tabac entre 1996 et 1999, totalisant 2,4 millions de dollars. Parmi les 13 projets de recherche subventionnés (totalisant 920 000 $), six avaient cours dans des facultés de médecine.

Mary Jane Ashley, professeure au Département des sciences de la santé publique de l'Université de Toronto et co-auteure de cette étude, dit : « Les liens entre l’industrie du tabac et les universités peuvent prendre diverses formes. L’industrie peut subventionner les chercheurs, faire des dons directement aux universités, doter celles-ci d’équipements, octroyer des bourses d’études et créer des chaires.

« Les liens entre les universités et l’industrie du tabac devraient être rompus et ce, pour plusieurs raisons. La poursuite du savoir et de la vérité pour le bien-être de l’humanité sont la raison d’être des universités. Or, les documents de l’industrie du tabac indiquent que l’une de ses principales stratégies consiste à susciter de faux débats et semer des doutes inutiles au sujet des effets du tabagisme et de la fumée secondaire en supprimant, manipulant et déformant les résultats scientifiques, dans le but avoué de créer la controverse sur les découvertes de la science et ainsi différer les interventions publiques dans le domaine de la santé. En s’associant à l’industrie, les universités lui confèrent crédibilité, légitimité et prestige et, par extension, à ses réclamations. »

La Coalition a aussi reçu l’appui du programme régional sur le tabac de l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS), bureau des Amériques de l’Organisation mondiale de la Santé, qui souhaite aussi que les organismes refusent cet argent. Dans un récent rapport intitulé
« Profits over People » (novembre 2002, http://www.paho.org/English/HPP/HPM/TOH/profits_over_people.htm) examinant les documents internes des deux multinationales qui dominent le marché en Amérique latine et aux Caraïbes (incluant la maison mère de Imperial Tobacco, British American Tobacco), l’OPS affirme : « L’industrie du tabac a également élaboré des stratégies visant à améliorer son image en s’instituant comme un membre à part entière des communautés au sein desquelles elle opère. L’objectif était – et est toujours – d’acheter la bonne volonté et de mettre sur pied des alliances qui, lorsque nécessaires, aident l’industrie à défendre ses intérêts. Cette même stratégie est appliquée par l’industrie à l’échelle mondiale.

La Journée mondiale sans tabac se veut une occasion de sensibiliser la population de tous les pays sur les dangers de la cigarette et sur les pratiques douteuses employées par les compagnies pour entretenir cette épidémie qui, chaque année, tue plus de 5 millions de personnes.

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Information :

- Louis Gauvin, coordonnateur, Coalition québécoise pour le contrôle du tabac : (514) 598-5533
- Mary Jane Ashley, professeure au Département des sciences de la santé publique de l'Université de Toronto : (416) 925-4234 / (416) 978-2751 (en anglais seulement)
- Dr Fernand Turcotte, professeur, Département de médecine préventive, Université Laval (co-auteur de l’étude sur les liens entre l’industrie du tabac et les universités) : (819) 762-7800 (demander la clinique) ou envoyer un message à kinfirmerie@falconbridge.com
- Dr Marcel Boulanger, directeur de la Clinique de traitement de tabagisme de l’Institut de Cardiologie de Montréal : (514) 738-1278
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Ginette Defoy : directrice générale de la Y des femmes de Québec : (418) 683-2155
- Sally Cooke, Clinicienne à l’Hôpital de Montréal pour Enfants (qui croit que c’est moralement inacceptable d’accepter l’argent d’une industrie qui fait des profits en vendant un produit qui cause la souffrance, des maladies et des décès évitables) : (514) 412-4400 poste 23780 / cell : (514) 233-2788
- Dr Olivenstein, pneumologue à l’Institut thoracique de Montréal qui traite surtout des victimes du tabac : (514) 849-5201 poste 32114

Documents disponibles:
- Lettre d’Imperial Tobacco aux députés fédéraux : http://www.cqct.qc.ca/Documents_docs/LettreImperialTobacc_03_05_09.PDF
- Document-synthèse de la Coalition sur les dons de l’industrie du tabac : http://www.cqct.qc.ca/Documents_docs/DOCU-03-05-00-Dons-FRA-ed.pdf